TDAH et bipolarité

bipolaire Le TDAH est étudié chez l’adulte depuis seulement quelques années. De forts liens existent entre TDAH et bipolarité (troubles thymiques, variations de l’humeur avec succession d’épisodes dépressif puis hypo-maniaque ou maniaque avec retour à la stabilité entre les différentes phases).

Résultat de recherche d'images pour "plus moins"Les liens entre ces deux pathologies ont été recherchés sur le plan familial, génétique, neurobiologique, et en neuro-imagerie. Elles présentent des caractéristiques cliniques similaires et une forte co-occurence.
La prévalence de la bipolarité en population générale est de 4,4%. Chez les adultes atteints de TDAH, elle se situe entre 9,5% à 23,3% selon les études (études réalisées aux Etats-Unis, chez les patients souffrant d’un trouble bipolaire) donnant ainsi une occurrence de 2 à 5 fois plus élevée chez les patients avec TDAH.
Le double diagnostic reste pourtant difficile à poser, controversé et les prises en charges thérapeutiques diffèrent selon les comorbidités.  Le Centre Hospitalier du Rouvray (Seine Maritime) s’est penché sur la question et présente dans une étude clinique le cas typique d’un patient atteint de trouble bipolaire et chez qui l’on retrouve à posteriori un diagnostic de TDAH dans l’enfance qui n’a jamais été détecté.
La comorbidité du TDAH et de la bipolarité rend la prise en charge plus complexe sur le plan thérapeutique.
Le cas étudié est un homme de 42 ans, séparé, 4 enfants, 5 frères et sœurs qui a eu une scolarité difficile avec de multiples échecs et redoublements. Ses loisirs sont la musique et les sensations fortes. Professionnellement, il multiplie les formations et les métiers. Les antécédents familiaux tendent à confirmer la comorbidité. Il a réalisé plusieurs  hospitalisations pour des épisodes thymiques, avec un retour à l’euthymie entre les épisodes. Egalement, le patient consomme régulièrement de multiples toxiques allant toujours plus loin dans la recherche de l’euphorie (tabac, cannabis, alcool, puis cocaïne). Le tableau des variations d’humeur suit toujours la même ligne : euthymie, dépression, consommation de substances (en « auto-médication » pour lutter contre la dépression) puis déclenchement des phases maniaques.
Dans mes observations, j’ai pu constater que contrairement à des cas de bipolarité classique, les phases de dépression chez les adultes TDAH n’apparaissaient pas sans un déclencheur, mais plutôt par une sur-interprétation ou une difficulté de régulation émotionnelle lors d’une confrontation à une période difficile (séparation, perte d’emploi, deuil, échec personnel ou professionnel ….). Les individus vont alors se réfugier dans la consommation de toxiques pour tenter de lutter contre cette dépression. Les toxiques vont déclencher une phase maniaque ou hypo-maniaque, elle même alimentée par cette consommation. Tous ne vont pas développer une dépendance aux substances, cette dépendance fonctionnant selon les récepteurs de neurotransmetteurs propres à chaque individus.
Dans l’étude clinique présenté par le CH, le patient se plaint de troubles de l’attention pendant son hospitalisation. L’anamnèse retrouve la présence de ces troubles depuis la petite enfance. Il se décrit comme un enfant turbulent et distrait. Le diagnostic de TDAH est alors posé. Des échelles lui sont proposées en auto-questionnaires (ADHD, ASRS et WURS-25) ainsi qu’un entretien structuré (DIVA) avec les critères diagnostiques du DSM.

La DIVA retrouve un TDAH complet dans l’enfance et une prédominance de trouble attentionnel à l’âge adulte. Ce patient présente un trouble bipolaire type I associé à un TDAH avec une forte comorbidité addictive (différentes drogues expérimentées avec recherche d’euphorie). La prise en charge thérapeutique questionne d’autant plus que lespatients ayant cette co-morbidité ont une moins bonne réponse aux thymorégulateurs.

Quel est le risque d’un virage thymique ? Peut-on améliorer ses troubles attentionnels, qui peuvent être en partie imputables au trouble bipolaire ? Autant de questions pour lesquelles il y a peu de réponses dans la littérature à ce jour.
Cette vignette clinique montre l’intérêt de l’utilisation des échelles diagnostiques comme support chez tous les patients atteints de bipolarité. Il existe une nécessité de prise en charge intégrée et précoce de ces deux pathologies. La recherche de thérapeutiques innovantes est primordiale pour permettre d’améliorer aussi bien les troubles attentionnels, les conduites addictives, que le trouble bipolaire. La prise en charge du TDAH dés l’enfance pourrait permettre d’éviter de développer des comorbidités à l’âge adulte.

  • Etude clinique à consulter ici (cas de trouble bipolaire (TB) et de trouble de déficit attentionnel et d’hyperactivité (TDAH) chez l’adulte. May BOUMENDJEL*, Hélène DEFAY-GOETZ // Addictologie, Centre Hospitalier du Rouvray – Seine Maritime).
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