TDA/H de l’adulte, restaurer la confiance

La plupart des adultes se découvrent TDA/H avec le diagnostic de leur(s) enfants. Ce TDA/H a souvent déjà amené beaucoup de souffrances : honte, humiliation, auto-accusation, baisse de l’estime de soi. Il est nécessaire de prendre en charge le TDA/H des adultes et pas uniquement celui des enfants, d’autant que la forte agrégation familiale nécessite que les enfants avec un TDA/H puissent être accompagnés par des parents qui savent gérer leurs troubles lorsqu’ils en souffrent eux-mêmes. Pourtant, en France, diagnostic et prise en charge du TDA/H chez l’adulte est encore plus difficile que celui des enfants. Une réelle relation de confiance entre l’équipe soignante -multi-disciplinaire- et le patient doit s’opérer.

Souvent, l’adulte en souffrance aura déjà consulté plusieurs médecins sans recevoir d’aide véritable. Il aura perdu goût et confiance en l’avenir et le premier travail sera de restaurer cette confiance. Les patients qui présentent un TDA/H auront oublié le meilleur d’eux-mêmes, auront perdu le goût de s’en sortir, se seront enfermés dans une boucle négative d’échecs,  s’inventant diverses croyances et moyens de survie uniquement pour garder la tête hors de l’eau mais sans plus mener de combats.  Abandonner le combat de la vie pourrait déboucher sur une situation tragique.

Pour les adultes les plus en souffrance, ceux qui ont connu une succession d’échec, espérer constitue pour eux le risque de tomber encore une fois. Leur capacité d’espérer et rêver reste pourtant immense mais ils se l’interdisent pour éviter une nouvelle chute, alors même que le TDA/H est aussi une force que n’ont pas la plupart des gens à imaginer, inventer, rêver de grands idéaux et de grands projets. Une petite occasion peut se  transformer en une grande opportunité avec de bonnes méthodes d’organisation. Mais si le rêve s’écroule, la peine et la douleur sont aussi vécues plus intensément .

Avant que le diagnostic du TDA/H ne soit fait, les désillusions ont souvent été courantes,  la confiance en soi s’est émoussée. Souvent, l’adulte va se retirer dans le silence et l’évitement, avec le risque de perdre contact avec la société et la réalité quotidienne. La restauration de cette confiance en soi et en les autres est un préalable à tout traitement.

1- Comment reconnaître un TDA/H chez l’adulte

2- Comment avancer

Soyez certain du diagnostic et assurez-vous d’être entourés de professionnels qui comprennent vraiment le TDA/H, en ayant éliminé ou associé des diagnostics similaires possiblement comorbides tels que le trouble anxieux généralisé (TAG), la dépression agitée, l’hyperthyroïdie, la bipolarité (maladie maniaco-dépressive), le trouble obsessionnel compulsif (TOC), l’état borderline….

En premier lieu, il faut accepter et admettre qu‘il s’agit d’un trouble cognitif, que les capacités intellectuelles ne sont aucunement en cause, que c’est une condition neuro-biologique et neuro-psychiatrique. Il se transmet par la génétique et la biologie en demeure la cause, même si les facteurs environnementaux influent sur le TDA/H.  C’est le TDA/H qui câble votre cerveau, à sa manière. Ce n’est pas un problème de volonté ni une défaillance morale. Il ne s’agit pas d’une faiblesse du caractère  ni d’un manque de maturité. On ne pourra trouver de solution dans le pouvoir et le vouloir de la volonté, ni dans la punition, ni dans le sacrifice, ni dans la douleur. Se souvenir de cela est primordial.

Soyez vous-même intéressé à votre santé et à votre état : lisez à propos du trouble, parlez aux professionnel et à d’autres adultes souffrant du TDA/H pour comprendre votre propre type de TDA/H et pouvoir concevoir et élaborer des stratégies qui vous correspondent. Entourez-vous de proches qui pourront vous accompagner, vous coacher, vous aider à vous organiser, vous encourager, vous rappeler à l’ordre…. toujours dans la bienveillance et l’humour, comme un entraîneur, un supporter, qui vous soutient. Cette aide peut-être apportée par un ami, un collègue, un thérapeute, un proche. Le conjoint peut aussi être cette aide mais il faudra alors veiller à la dimension émotionnelle que cela induit.  Les adultes soufrant du TDA/H ont besoin d’encouragement, énormément, à cause des doutes et des échecs multiples accumulés au fil des années. La difficile gestion des émotions fait que le TDA/H adulte se démoralise sans encouragement mais peut briller quand il en reçoit. Souvent, l’adulte atteint de TDA/H travaille avec ardeur pour quelqu’un d’autre, mais rarement  pour lui-même. Il faut apprendre à utiliser cela pour en faire un avantage : instruisez et impliquez les autres. Il est aussi capital pour votre entourage familial, social et professionnel de comprendre ce qu’est le TDA/H pour mieux vous comprendre et vous aider.

Il faut réussir à sortir des clichés négatifs et des on-dits. Ils sont monnaie-courante et surtout néfastes à la compréhension du trouble et à sa prise en charge. Cesser de culpabiliser est primordial. Il faut s’entourer de personnes de confiance, entendre les encouragements, stopper la dénégation et les ruminations . Rejoindre ou organiser un groupe peut-être une bonne solution pour trouver ce support nécessaire et se débarrasser du pessimisme et négativisme qui a pu s’installer. Aider d’autres personnes souffrant de TDA/H peut apprendre beaucoup, tout en donnant le plaisir de soutenir quelqu’un. Un bon psychothérapeute peut également être une aide. Utiliser son énergie et rendre l’entourage enthousiaste (mais pas trop !) permet de rester dans un cercle positif.

3 – vivre avec le TDA/H

Il faut se donner l’autorisation d’être soi-même, ne plus essayer d’être la personne que l’on attend de vous, ne pas se sentir enchaîné à des carrières ou façons conventionnelles de s’adapter, mais toujours néanmoins garder une structure, un pilier, pour ne pas se perdre.

Des statégies peuvent être mises en place pour gérer les troubles occasionnés par le TDA/H.  Comprendre que les stimuli intenses détournent l’attention permet de les choisir ou les éviter plutôt que les subir. Des outils peuvent être installés.  Ennuyeux à instaurer, ils permettent ensuite de rester concentré sur les tâches : aide-mémoire, code-couleur, fichiers faciles d’accès, garder un bloc-note et un stylo sur soi pour noter ses idées….  Arranger son environnement en fonction de la récompense plutôt que de la punition permet de mieux réussir à aller au bout des choses et dépasser les limites que l’on s’était inventées. Il est inévitable que tous les projets entrepris ne puissent aboutir, il faut l’admettre et le reconnaître. Cela ne doit pas constituer un échec, mais permettre de soulever de nouveaux défis, sans être ni trop perfectionniste ni trop méticuleux pour s’éviter des difficultés supplémentaires.

Il faut avancer petit à petit, se Donner des dead-line (date-limite) , diviser les tâches en petites parties pour structurer l’avancée d’un projet. Souvent une grande tâche apparaît insurmontable. La simple pensée d’essayer en fait se détourner, alors que chaque composante peut sembler tout à fait faisable. Créer des priorités et éviter les remises à plus tard est également primordial. L’auto-discipline est nécessaire pour éviter la procrastination, et les outils et stratégies sont ici une aide précieuse. Noter la façon dont le travail se fait le mieux permet de connaître les conditions favorables à son propre fonctionnement. Les enfants et les adultes avec TDA/H fonctionnent souvent mieux dans des conditions atypiques, il faut se l’autoriser.

Lorsque tout va bien, il ne faut pas relâcher son attention. L’adulte TDA/H pourraît être tenté de laisser les choses s’accumuler pour rendre la routine plus stimulante… pourtant, si le travail s’accumule, il redevient une tâche à éviter.  On peut néanmoins entamer plusieurs activités simultanément afin de varier les tâches et ne pas sombrer dans l’ennui. Entamer plusieurs choses permet aussi d’en terminer au moins une et d’être stimulé par cette réussite. Utiliser les domaines dans lesquels on excelle permet aussi de restaurer sa confiance en soi. Se laisser du temps pour la reflexion entre différents engagements permet de faciliter les transitions et éviter les réponses impulsives. Des périodes de détentes sont importantes pour se retrouver.

4 – Gestion de l’Humeur

Dans le TDA/H, la gestion des émotions est difficile et provoque souvent des troubles thymiques.  Des moments de défoulement sont nécessaires, il faut les prévoir et les structurer pour permettre de libérer l’énergie de façon sécuritaire. Des temps pour recharger ses batteries sont également indispensables, ce temps de repos et d’isolement, de calme, permet de se retrouver et s’apaiser. Instaurer des habitudes bonnes et utiles (sport, activités, etc…)
éviteront le phénomène de dépendance ou de compulsion.  Apprendre à comprendre les changements d’humeur permet de mieux les diriger.  Ils peuvent survenir n’importe quand, indépendamment de ce qu’il advient réellement. Ne pas en chercher la cause ni quelqu’un à blâmer permet de focaliser davantage sur la tolérance de cette mauvaise humeur : elle passera, mieux vaut trouver des stratégies pour la faire passer plus rapidement.

Parfois un changement, une déception ou même un succès ou une joie, même insignifiante, bouleverse la psychologie et l’équilibre émotionnel générant une panique qui peut se transformer en obsession et ruminations qui peuvent durer des heures, des jours, des mois… Pour l’éviter, mieux vaut apprendre à planifier pour mieux faire face à ces inévitables changements, ou trouver des stratégies permettant de libérer son esprit de ces ruminations : vidéos, amis, sport…. ou même un sac de boxe en cas d’excès d’énergie colérique. Après le succès vient aussi la déprime lorsque la stimulation intense du défi n’existe plus.  Savoir reconnaître ces émotions, savoir qu’elles font partie du TDA/H, qu’elles passeront, permet de les relativiser.

En cas d’erreur d’inattention, ne pas se focaliser sur l’erreur mais la corriger ou la détourner, sans pour autant perdre la responsabilité de ses actions ou s’inventer des excuses, permet de ne pas glisser dans des pulsions inconscientes de sabotage ou d’auto-sabotage.  Il faut également apprendre à plaider en sa faveur sans être sur la défensive ou dans l’agressivité : les adultes avec TDA/H ont l’habitude de se faire critiquer, ils deviennent souvent inutilement défensifs en se mettant trop à nu. Il est nécessaire également d’éviter de couper court à un projet, un conflit, une conversation de manière impulsive, même si l’envie est là. Il faut apprendre à gérer et s’entraîner consciencieusement à développer la gestion des émotions.

L’attention n’est pas seulement ni toujours déficitaire. Le TDA/H présente également une tendance à surfocaliser ou hyperfocaliser. Cette hyperfocalisation peut s’utiliser de manière constructive ou destructive. Son effet destructeur est une tendance à s’obséder ou ruminer un problème parfois imaginaire sans pouvoir s’en libérer.

En plus de ses bienfaits sur la santé, le sport permet de libérer un excès d’énergie et d’agressivité, de réduire le bruit et l’agitation mentale, stimule le système hormonal et neurochimique, apaise et calme le corps.

Savoir accepter les troubles et plaisanter sur les troubles, du manque de mémoire aux fréquentes pertes d’orientation, au manque de tact à l’impulsivité, permet de se détendre et d’en rire plutôt que les ruminer. Programmer des activités avec des amis, garder contact avec d’autres personnes, dans des groupes où l’on est apprécié et compris permet de garder l’estime de soi. A l’inverse, il est toxique de rester trop longtemps là où l’on ne vous comprend ou n’apprécie pas. Faire des compliments, donner de la place aux autres, rechercher une meilleure compréhension des relations sociales tout en gardant des limites dans les rapports aux autres aide à garder sa place dans la société.

 

inspiré de l’article « 50trucs pour les adultes » issus du texte original : « 50 Tips On The Management Of Adult Attention Deficit Disorder », disponible sur Internet, avec la gracieuseté des auteurs, qui ont écrit : »Driven To Distraction », et « Answers to Distraction », éditions Pantheon, Bantam ou Touchstone 1994/96. Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre, Montréal, 1996.

 

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