Les craintes liées au méthylphénidate

Il est toujours difficile pour des parents d’instaurer un traitement médicamenteux pour leur enfant. C’est vrai pour toutes les pathologies…. Personne par exemple n’aime être obligé de donner de l’insuline à son enfant diabétique, on sait pourtant qu’il faut le faire si elle est nécessaire.

La prescription du méthylphénidate pour le traitement du TDAh en France est extrêmement encadrée, uniquement prescrite initialement par des médecins hospitaliers, renouvelée chaque mois par le médecin traitant, le traitement est surveillé et réévalué constamment. Le renouvellement annuel doit être à nouveau fait par un médecin hospitalier, la molécule ayant été classée parmi les substances stupéfiantes car elle est un psychostimulant et possède donc cette propriété commune avec les amphétamines. Notez que le café et le thé sont également des psychostimulants par exemple….  comme la taurine et les boissons énergisantes en vente libre dans nos supermarchés et pourtant sujettes à controverse…  Pourtant, le méthylphénidate n’est aucunement addictif, contrairement à nombre de psychotropes classiques trop souvent prescrits à la moindre anxiété.

Le méthylphénidate est la molécule la plus connue et la plus étudiée (+ de 3000 études) et pourtant la moins prescrite en France. Les rumeurs les plus folles sont diffusées à son sujet, ce serait une drogue pire que la cocaïne paraît-il….. inspirant la crainte des médecins et des parents. On trouve d’ailleurs en France dans nos rues plus facilement de cocaïne et d’héroïne que de mph. Pourtant, les études démontrent son intérêt dans la prise en charge du TDAh, pour permettre à l’enfant de mieux gérer les troubles au quotidien, mieux se concentrer sur ses apprentissages, mais aussi éviter les risques d’addiction qui se développent à l’adolescence et souvent présents avec le TDAh. En effet les patients recherchent à compenser leurs troubles par l’automédication, et lorsqu’ils trouvent l’apaisement dans les drogues, le risque d’addiction est sévère, avec toutes les conséquences que cela implique. Mieux vaut donc une réelle prise en charge, et si la médication est nécessaire et prescrite, il ne faut pas craindre de suivre cette prescription.

Il n’y a pas non plus de risque de détournement récréatif avec le méthylphénidate. On croise beaucoup de désinformation sur le trafic de mph aux Etats-Unis où la molécule est effectivement beaucoup plus prescrite qu’en France. Ce détournement existe effectivement chez les étudiants qui utilisent le méthylphénidate pour compenser leurs fêtes outrancières et l’usage de stupéfiants mais rester tout de même à peu près concentrés pour leur cours….  Le méthylphénidate n’a pas d’effet euphorisant, il est utilisé pour compenser les excès… c’est en quelque sorte le café salé qui sert à désaouler… Quand à savoir si la prescription est trop présente aux USA, là bas, 80% des enfants avec TDAh ont un traitement médicamenteux. Tous n’ont peut-être pas cette nécessité effectivement, sans doute beaucoup pourraient gérer leur trouble avec un accompagnement thérapeutique multimodal et une remédiation cognitive. En France, c’est seulement 0.4% des enfants touchés par le trouble qui bénéficient de la molécule… avec tous les handicaps au quotidien que le TDAh provoque. Il est donc plus que nécessaire de ne pas contribuer à véhiculer ces folles rumeurs sur le méthylphénidate, car elles empêchent l’accès aux soins d’un trop grand nombre d’enfants qui ont besoin du médicament pour réduire leurs troubles.

On entend aussi parfois les parents se voir culpabilisés par l’entourage, les amis, les enseignants aussi parfois… Les proches n’ont pas à juger de la nécessité d’un traitement prescrits par le médecin hospitalier. Les enseignants pas d’avantage : ils enseignent ! et doivent respecter le protocole de soin noté dans le dossier de l’élève.

Au parents confrontés au refus de l’école de donner le médicament à l’enfant ou en tout cas à la réticence, il faut bien expliquer que ce n’est pas à la maîtresse de juger du traitement thérapeutique nécessaire, elle est là pour enseigner et n’est pas médecin … il ne s’agit pas de savoir si la maîtresse arrive à gérer le comportement, mais de savoir si l’attention du loulou est suffisante pour lui permettre d’acquérir les apprentissages, garder un contrôle suffisant et ne pas perdre en estime de soi, etc…. il ne s’agit pas de faciliter la vie de la maîtresse, mais de traiter les symptômes du TDAh et d’améliorer ses retentissements sur la vie de l’enfant !

Bien entendu, il faut toujours évaluer le rapport bénéfice/risque,  respecter les précautions et s’assurer que les effets secondaires ne sont pas rédhibitoires, et trouver le bon dosage et la bonne forme. Mais toutes les études montrent que les précautions, les risques et les effets secondaires sont finalement assez minimes comparativement aux bénéfices, même si évidement la molécule n’est pas un traitement miracle !

Il faut également préciser que le traitement médicamenteux doit s’accompagner d’une prise en charge multimodale adaptée à chaque patient. Il n’est pas une alternative aux thérapies comportementales par exemple, mais vient en complément. C’est un ensemble qui constitue la prise en charge du trouble. Après une blessure par exemple s’il faut un traitement par anti-douleur + anti-inflammatoire + rééducation, personne n’a à se permettre de dire que la rééducation suffit et qu’il ne faut pas donner les antalgiques ou les anti-inflammatoires, il s’agit de suivre le bon traitement et le réévaluer en fonction de son efficacité.

Je reviendrais évidemment plus en détail sur le méthylphénidate au fur et à mesure de mes rédactions, mais il me semblait important de rédiger cet article aujourd’hui, à la lecture des craintes de nombreux parents.

Je vous fait également parvenir le message d’une jeune femme diagnostiquée TDA/h qui m’autorise à publier son texte et que je remercie pour son témoignage qui apporte une grande lumière à cet article :

« En ayant reçu mon diagnostic tard , j’ai réalisé que j’avais recours à la marijuana pour arriver à m’endormir. J’ai passé toute ma scolarité sans être diagnostiquée et je ne suis rien du cliché droguée qui lâche l’école. J’ai un bon emploi et j’ai complété mon secondaire en haut de la moyenne, fait deux diplômes de collège en même temps ( danse et sciences humaines ) et presque terminée mon diplôme de premier cycle universitaire.

Mon psy m’a dit que de nombreuses filles tdah non diagnostiquées avaient recours aux même réflexes d’automedication que moi que ce soit pour calmer le bourdonnement des pensées le soir, dormir où ralentir le flux, tout simplement.
Je crois aussi que de fumer socialement dans les fêtes m’aidait à ralentir mon impulsivité, et donc d’être plus au niveau de tout le monde et donc moins de jokes pas drôles ou tellement hors sujet, moins d’interruptions dans les conversations = moins d’anxiété sociale, moins d’angoisse…+ d’amis… Par contre, la marijuana peut avoir des effets néfastes sur un certain pourcentage de personnes et peut mener à d’ autres problèmes très rapidement dans certains cas.

Je crois alors que si d’avoir recours aux stimulants prescrits par un médecin compétent peut éviter à un jeune de devoir s’automédicamenter, ça vaut la peine d’essayer la médication avec vos enfants, quitte à arrêter si les gains ne sont pas assez marqués ou si les effets secondaires sont trop pénibles. J’ai regardé une conférence sur le sujet et le spécialiste affirmait que tous les tdah finissent par avoir recours à la médication. Que ce soit par le sport, la performance, drogues, alcool, prise de risque.

Voilà, en espérant que mon témoignage puisse vous être utile pour votre prise de décision pour vos enfants. Ça va peut-être me faire déprocrastiner d’aller commencer ma propre médication… »

Merci encore pour ce témoignage. Et j’ajoute qu’effectivement, les études cliniques ont largement prouvé le lien entre la consommation de Marijuana et le développement de troubles psychiatriques graves, notamment la schyzophrénie.

Pour ce qui concerne la prise en charge du TDAh de l’adulte, le diagnostic et la prescription de méthylphénidate sont souvent encore plus compliqués que pour les enfants, alors que cela pourrait grandement aider de nombreuses personnes en souffrance…

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