CE QUE LES PARENTS ET ENSEIGNANTS DEVRAIENT SAVOIR SUR le TDAH

Le département de recherche de la FIU (Université Internationale de Floride) a développé en 2014 un document de 3 pages téléchargeable ici à destination des parents et des enseignants sur le TDAH.

Pour les non-anglophones, en voici une traduction, à laquelle j’apporte également quelques modifications pour mieux l’adapter à la prise en charge telle qu’elle est actuellement réalisée en France, ainsi que quelques informations complémentaires qui me semblent particulièrement pertinentes :

Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est défini comme étant un modèle de comportement dans lequel un enfant présente des niveaux d’inattention, d’impulsivité et/ou d’hyperactivité qui sont plus élevés que les autres enfants du même âge. Ces problèmes commencent habituellement avant l’âge de 7 ans. Le TDAH est le trouble le plus commun de la santé mentale de l’enfance, affectant 5% à 9% des enfants et 4% des adultes. Il est plus fréquemment diagnostiqué chez les garçons que chez les filles. Le comportement des enfants avec TDAH se traduit souvent par de sérieuses perturbations dans leurs relations avec les parents, les enseignants, les pairs et les frères et sœurs, ainsi que des problèmes scolaires. Selon le DSM (Manuel diagnostic et statistique de l’American Psychiatric Association) les symptômes et les critères pour un diagnostic de TDAH  sont les suivants :

Les symptômes de l’Inattention:
• ne parvient pas à prêter attention aux détails ou fait des fautes d’inattention
• a de la difficulté à soutenir son attention dans les tâches ou les activités ludiques
• ne semble pas écouter quand on lui parle directement
• ne suit pas les consignes et ne parvient pas à terminer les tâches (mais sans comportement oppositionnel ni en raison d’une incompréhension des consignes)
• a des difficultés d’organisation des tâches et des activités
• évitement ou aversion pour les tâches qui nécessitent un effort mental soutenu (Comme le travail scolaire ou les devoirs)
• perd ou oublie les choses nécessaires pour des tâches ou des activités (par exemple, des jouets, des livres, des clefs…)
• est facilement distrait
est oublieux ou involontairement négligent dans les activités quotidiennes

Les symptômes de l’hyperactivité :
• remue les mains ou les pieds, ou se tortille sur son siège
• difficultés à rester en place
en classe ou dans d’ autres situations dans lesquelles il est attendu de rester assis
• court ou grimpe partout, même quand c’est inapproprié (chez les adultes et les
adolescents, sentiments d’agitation)
• a de la difficulté à jouer ou de se livrer à des activités de loisirs tranquillement
• parle souvent trop
• est toujours «sur la brèche» ou agit comme si « entraîné par un moteur »

Les symptômes de l’impulsivité:
• laisse échapper des réponses avant que les questions soient entièrement lues ou entendues
• a de la difficulté à attendre son tour
• interrompt les conversations ou empiète sur les jeux et activités des autres

Pour recevoir un diagnostic de TDAH, une personne doit :
• a
voir au moins six symptômes d’inattention, avec ou sans combinaison de six symptômes de l’ hyperactivité/impulsivité.
• Les symptômes de l’ inattention, l’ hyperactivité et/ou l’ impulsivité doivent durer depuis au moins six mois, être présent à un degré plus élevé que chez les autres enfants du même âge, et doit entraîner une altération dans les interactions avec les autres qui se traduit par des problèmes relationnels à la maison ou à l’ école.
Au moins plusieurs symptômes doivent avoir été présents avant l’âge de sept ans
• Les symptômes doivent être présents et provoquer une altération dans au moins deux contextes différents (par exemple, à la maison et à l’ école).

Il existe trois sous-types différents du TDAH:
Type mixte : au moins six symptômes présents dans chacune des deux listes inattention et hyperactivité/impulsivité, c’est la forme la plus courante
Inattention prédominante : au moins six symptômes présents parmi ceux de l’inattention
Forme Hyperactive/Impulsive : six symptômes présents parmi ceux de l’hyperactivité et impulsivité

Les enfants et adultes atteints de TDAH peuvent ne pas avoir tous ces symptômes, et surtout ne montrent pas tous ces symptômes en permanence, d’où la difficulté d’effectuer un diagnostic lors d’un examen clinique unique. Cette variabilité des symptômes devrait au contraire permettre la reconnaissance du trouble qui se traduit par une difficulté de régulation de l’attention et/ou de l’hyperactivité. Par exemple, la plupart des enfants atteints de TDAH peuvent accorder une attention particulière dans les situations où ils sont très intéressés (par exemple, une émission de télévision préférée ou une activité « passion ») ou dans le cadre d’une séance de test avec un thérapeute (relation duelle et situation nouvelle). On parle alors d’hyperfocus. En revanche, tous les enfants présentent plusieurs de ces comportements de temps à autre, il est donc important de noter pour pouvoir diagnostiquer le TDAH que : dans le TDAH, ces comportements sont présents à l’extrême par rapport à d’autres enfants du même âge et sont à l’origine d’importantes perturbations dans la vie quotidienne de l’enfant. Le diagnostic est un processus complexe qui ne peut être fondé sur une seule et unique visite médicale.

Les informations doivent être recueillies auprès des parents, des enseignants et des observations de l’enfant. Lorsque l’information des parents et des enseignants divergent, plus de poids est habituellement donné aux enseignants parce qu’ils sont généralement plus familier avec le comportement habituel d’un groupe d’âge.

Les enfants atteints de TDAH présentent souvent d’ autres problèmes , y compris le comportement provocateur et non conforme envers les adultes (TOP : trouble d’opposition avec provocation), l’agression physique et verbale envers les pairs et les frères et sœurs, allant parfois jusqu’à des troubles de conduites, des problèmes d’estime de soi ( en particulier chez les adolescents), un comportement inapproprié et intrusif envers les pairs, et des difficultés d’ apprentissage ou des résultats qui ne reflètent pas les capacités intellectuelles de l’enfant.
En outre, des problèmes familiaux accompagnent souvent le TDAH, y compris les problèmes conjugaux, les problèmes d’alcool ( en particulier chez les pères) et le stress et la dépression ( en particulier chez les mères).  Ces autres problèmes doivent être évalués et traités avec le TDAH.

Les informations complémentaires suivantes au sujet du TDAH sont importantes à connaître :

¤  Il n’existe pas de test sanguin, pas de test d’imagerie cérébrale (telle qu’IRM), pas de test informatisé… permettant de diagnostiquer avec certitude le TDAH.  Pour  faire un diagnostic, les information cliniques sur les comportements énumérés ci-dessus doivent être recueillies auprès des parents et des enseignants. Des échelles et interviews de notation normalisées doivent être utilisés.
¤ Plus que le diagnostic, la bonne évaluation des difficultés que l’enfant peut avoir et ressentir dans son fonctionnement quotidien est primordiale, ainsi que les outils à mettre en place pour améliorer ces difficultés.
¤ La cause exacte du TDAH est encore inconnue, bien que les neurosciences montrent des différences importantes dans le fonctionnement cérébral des enfants avec TDAH par rapport à ceux qui n’ont pas ce trouble. C’est aussi un trouble hautement génétique (prévalence familiale) avec 20-35% d’
enfants atteints de TDAH ayant un parent avec le trouble. Les habitudes alimentaires ne provoquent pas le TDAH, ni les substances artificielles des aliments, ni le sucre ne causent le TDAH (bien que certains colorants artificiels et conservateurs peuvent provoquer une légère augmentation de l’ hyperactivité pour tout enfant , avec ou sans TDAH). Les facteurs environnementaux peuvent avoir des influences sur le trouble (tels que la structure de la classe ou le style de parentalité) mais ne causent pas le TDAH.
¤ Bien que les symptômes présents peuvent diminuer à mesure que les enfants grandissent, comme pour les enfants sans TDAH
, plus de deux tiers des enfants atteints de TDAH continuent d’afficher de graves problèmes dans l’ adolescence et à l’ âge adulte, et souvent leurs problèmes empirent. Les adolescents avec TDAH présentent un risque accru d’échec et d’ abandon scolaire, un possible abus de substance ou d’ alcool, et la délinquance. Les Adultes TDAH ont souvent des difficultés dans l’emploi, la performance, la gestion du stress, les relations sociales, les abus de substances et d’alcool, et le comportement délinquant voire criminel. Les parents devraient se méfier du conseil qui consiste simplement à dire d’attendre et de voir plus tard si les problèmes surviennent…
¤ L’évaluation et le traitement efficace du TDAH implique la collaboration des parents, des médecins, du personnel et des professionnels de la santé mentale tels que psychologue et psychiatres, et de l’école de l’enfant.
¤ Un traitement approprié, précoce, intensif et à long terme est nécessaire pour traiter efficacement le TDAH qui est un trouble chronique, qui change de forme au fil du temps et dans différents contextes, mais qui ne disparaît pas, et nécessite donc un traitement chronique.
¤ De nombreux traitement, bien que largement utilisé, n’ont que peu de retentissement sur le TDAH, d’autant plus s’ils sont utilisés isolément. Il s’agit de la thérapie par le jeu, la thérapie cognitive (celle-ci peut en revanche aider les adultes), le biofeedback ou le neurofeedback (encore très peu présents en France), le traitement des allergies, les régimes ou suppléments alimentaires, l’ergothérapie et/ou la psychomotricité, les jeux informatiques conçus pour améliorer l’attention ou le contrôle des impulsions, la formation perceptive ou motrice, pour l’équilibre… Ces soins ne se sont pas avérés être efficaces pour les enfants atteints de TDAH s’ils sont utilisés seuls, mais peuvent contribuer à améliorer des troubles concomitants. Il n’y a pas non plus la preuve que des adaptations scolaires, telles que donner du temps supplémentaire sur les tests ou la possibilité de positionner  un enfant avec TDAH loin des autres enfants, soient efficaces, même si elles peuvent aider à gérer ponctuellement les troubles.
¤ Contrairement à ces approches isolées, le traitement comportemental mis en oeuvre dans les différentes sphères de la vie de l’enfant, à la maison, à l’école et avec des pairs est efficace.
La thérapie comportementale que les parents et les enseignants apprennent à travailler avec les enfants, est le traitement le plus largement recommandé et le traitement non médical à court terme le plus efficace pour le TDAH.

La modification du comportement implique :
• d’établir des objectifs quotidiens spécifiques pour l’enfant
• l’ établissement et l’ application cohérente de règles claires
• de donner des commandes claires et appropriées
• de féliciter les enfants pour les comportements souhaités tout en ignorant les comportements négatifs (renforcement positif).
• d’utiliser des récompenses (par exemple, des privilèges ou des activités spéciales) pour encourager les bons comportements
• l’ utilisation appropriée de punitions non physiques (par exemple, moins de temps pour les écrans) pour décourager les mauvais comportements.
• l’utilisation d’un rapport quotidien type « carte d’échange » ou « tableau de motivation » pour motiver l’enfant et faciliter la communication entre l’ école et la maison.

8 à 12 séances cliniques sont généralement nécessaires aux parents pour apprendre ces techniques. Les enseignants doivent souvent compléter leur formation avec des pratiquants. Le traitement des difficultés avec les pairs implique de travailler directement avec l’enfant et doit être mené dans le cadre habituel, comme l’école ou lors d’un camp d’été de programme de traitement, cela exige une participation intensive et à long terme.

 ¤ La médication par un médicament psychostimulant comme le méthylphénidate (ritaline, concerta…)
conduit de manière fiable à l’ amélioration des symptômes du TDAH, en particulier lorsqu’il est combiné avec la thérapie comportementale. Il existe aussi un médicament non stimulant approuvé pour le traitement du TDAH : le Strattera, dont le principe actif est l’atomoxétine, parfois utilisé lorsque les médicaments stimulants ne conviennent pas ou ne sont pas tolérés. La guanfacine quant à elle, qui appartient à la classe des médicaments appelés agonistes alpha adrénergiques, n’est pas approuvée en France pour le traitement du TDAH.
Cependant, les médicaments seuls ne diminuent pas les risque pour l’aggravation des symptômes de l’enfant à l’ adolescence et l’âge adulte tels que mentionné ci-dessus. Par conséquent, les médicaments ne doivent pas être invoqués comme prise en charge unique.

Environ 75% des enfants atteints de TDAH répondent à la médication par stimulant, le degré d’amélioration des symptômes varie d’ un enfant à l’autre. Par conséquent, il est important d’évaluer soigneusement combien le médicament peut aider l’enfant et d’en mesurer les effets secondaires. Les effets secondaires les plus courants sont la perte d’appétit (surtout au déjeuner), des difficultés d’ endormissement, des maux de tête et d’ estomac. L’ efficacité des médicaments et les effets secondaires peuvent changer au fil du temps, un suivi est nécessaire pour déterminer si les avantages du médicament l’ emportent sur ses effets secondaires (rapport bénéfice/risque). L’évaluation des modifications du comportement – en particulier par les enseignants – et des données objectives (par exemple, des observations et comptage de la fréquence des violations des règles, la quantité de travail assis achevé, la précision du travail…) jouent un rôle majeur dans cette évaluation et ce suivi.



¤ Parce que les difficultés de l’enfant avec TDAH dans les relations avec d’autres enfants, à l’école, avec les parents et les adultes, sont les domaines clés à changer pour aider les enfants atteints du trouble, l’approche comportementale qui met l’accent sur ces domaines clés devrait toujours être
le commencement du traitement. Beaucoup d’ enfants sont suffisamment sensibles à cette prise en charge pour que les médicaments ne soient pas nécessaire. Pour les autres, la combinaison de thérapie comportementale et des médicaments est le traitement le plus efficace. La modification du comportement doit être utilisée à la maison, à l’ école, et avec les pairs. Un grand avantage de la combinaison des médicaments avec la thérapie comportementale est que la dose de médicaments peut alors généralement être réduite, ce qui diminue habituellement le taux des effets secondaires.

¤ Les enfants atteints de TDAH doivent pouvoir être admissible à recevoir une aide scolaire, selon la loi du 11 février 2005, cette législation exige que les services éducatifs appropriés soient fournis pour tous les enfants ayant des besoins spécifiques, y compris les enfants atteints de TDAH, soit dans des classes ordinaires ou des filières d’éducation spécialisée si les nécessités l’exigent. La bonne intégration à l’école d’un enfant avec un Trouble Déficit de l’Attention/hyperactivité est tout à fait réalisable. Les répercussions du troubles sont très différentes d’un enfant à un autre, ce qui implique que les prises en charge thérapeutiques comme les aménagements scolaires sont à moduler en fonction des manifestations du trouble et la définition précise des difficultés, des troubles associés et des besoins de l’enfant, selon un diagnostic et des bilans médicaux, paramédicaux (orthophonie, psychomotricité, orthoptie etc. …) et psychologiques réalisés par des professionnels formés.

La mise en place d’une pédagogie différenciée associant l’enfant, les parents et les enseignants nécessite la collaboration constructive et permanente de toutes les parties au projet éducatif et pédagogique proposé. Un PPRE peut être mis en place pour des aménagements scolaires simples, organisé par des Equipes Educatives réunissant les différents professionnels concernés. Un PAI sera élaboré pour les aspects plus médicaux et la prise en charge thérapeutique. En cas de difficultés plus importantes, les parents pourront saisir la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) afin d’obtenir l’élaboration d’un projet personnalisé de scolarisation (PPS) avec l’école. Un PPS qui pourra inclure une aide humaine (AVS ou AESH) ou technique (ordinateur…) à la scolarité ou bien encore une admission en SESSAD ( service d’éducation spéciale et de soins à domicile) si elle est nécessaire.

Advertisements

3 réflexions sur “CE QUE LES PARENTS ET ENSEIGNANTS DEVRAIENT SAVOIR SUR le TDAH

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s