Renforcement positif en milieu scolaire

Une intervention de renforcement positif en milieu scolaire pour les enfants atteints de TDAH peut-être rendue possible par la mise en place d’un Bulletin Quotidien, en anglais le « Daily Report Card » ou DRC.

ref: G.A. Fabiano, university at Buffalo, State University of NY, Graduate school of Education, Dpt of Counseling, school, educationnal psychology

Qu’est-ce que c’est et comment le mettre en place ?

Il s’agit de déterminer des objectifs, les critères pour atteindre ces objectifs, et enfin, fixer les avantages que l’enfant obtiendra s’il atteint les objectifs qui sont fixés.

Pourquoi les Daily Report Cards sont utiles à l’école ? Ces bulletins quotidiens sont avant tout très simples à mettre en place et à utiliser. Il s’agit de rendre o2hands-718559_640pérationnel un ensemble d’objectifs auxquels l’enfant doit pouvoir répondre chaque jour. Par exemple, ce peut-être des choses comme avoir un comportement gentil et respectueux ou réussir à achever ses travaux… Les objectifs sont spécifiques et doivent être précis. Donc, pour ces deux exemples, le bulletin devra indiquer « terminer les exercices de mathématiques au moins à 80% » ou encore « pas plus de trois cas de taquineries envers mes camarades ». Il est vraiment important que ces critères soient précis et simples, de sorte que à la fois l’enfant, l’enseignant et le parent peuvent voir le comportement et savoir si oui ou non l’enfant atteint l’objectif. Un autre avantage des cartes quotidiennes est qu’elles fournissent une rétroaction immédiate : tout au long de la journée, l’enfant progresse et complète ses objectifs, l’enfant sait comment et pourquoi les professeurs et les adultes sont alors à son égard, en regard à son tableau des objectifs.

Le bulletin rentre à la maison tous les jours, il est donc aussi un outil de communication entre les enseignants et les parents, et permet en plus de responsabiliser l’enfant sur sa conduite à l’école. Parce que le DRC donne à l’enfant des privilèges à son domicile qui sont basés sur la façon dont il remplit ses objectifs scolaires chaque jour, il y a une certaine responsabilité intégrée, l’enfant est maintenant responsable à la maison pour ce qui est arrivé au cours de la journée scolaire.
Souvent, et c’est très dommageable, le parents ne reçoivent de bulletins que par périodes -généralement trimestrielles- qui les avertira d’un certain nombre de mauvaises notes ou de préoccupations des enseignants. Le parent se dira que s’il avait été averti plus tôt, il aurait pu intervenir alors qu’il est impuissant devant le fait déjà accompli. Comme une carte journalière rentre à la maison chaque jour, il y a une occasion pour les parents d’être informés tout au long du chemin de l’enfant. Ils peuvent mettre les petits feux- verts, oranges ou rouges- au fur et à mesure, plutôt qu’avoir à gérer un grand nombre d’observations plus tard dans la période, ce qui n’est pas aisément réalisable avec un enfant atteint de TDAH.

Enfin, l’efficacité des DRC est fondée sur des preuves. Il y a un certain nombre d’études qui montrent maintenant qu’ils sont efficaces pour améliorer le rendement scolaire et le comportement des enfants atteints de TDAH, les bulletins quotidiens sont réellement rentable. La carte journalière ne coûte que le papier sur laquelle elle est imprimée, c’est une intervention peu onéreuse qui peut être maintenue sur le long terme, ce qui est important pour les enfants atteints de TDAH. La DRC est positive, l’élève reçoit une rétroaction immédiate sur la satisfaction de sess objectifs tout au long de la journée et cela est une occasion pour les adultes, parents comme enseignants, de donner une attention à l’enfant pour qu’il sache qu’il a fait quelque chose de bien aujourd’hui et accroître sa motivation.

Comment Réaliser le DRC ?

Pour concevoir une carte de rapport quotidien, il faut suivre une procédure  par étapes.
Tout d’abord, sélectionner les points qui nécessitent une amélioration. Définir les objectifs et décider les critères d’atteinte des objectifs. Combien de fois se lever de son siège peut-être autorisé ? Combien de fois l’enfant doit participer en classe? Combien d’exercices doivent être achevés dans le temps donné ? … Il faut ensuite expliquer ce rapport quotidien à l’enfant : comment il va travailler, quels sont les objectifs, et quelles conséquences sont liées à ces objectifs. Les parents doivent établir ces conséquences à la maison : des privilèges ou des récompenses si les objectifs sont atteints, sur une base de renforcement positif. Ensemble, parents, enseignants, conseiller scolaire, moniteurs, psychologues…. modifient le programme pour s’assurer que l’enfant continue à travailler et bien travailler.

La première chose à faire est donc d’examiner le comportement actuel de l’enfant. Cela peut être fait par la collecte de certaines échelles d’évaluation du comportement ou des listes de contrôle, à travers une observation du comportement de l’enfant, une entrevue avec les différents adultes qui interagissent avec l’enfant pour savoir quelles sont les principales préoccupations à l’égard de faiblesse ou de zones à améliorer pour l’élève, en plus d’identifier les endroits où les choses vont bien et où l’élève a des points forts. La carte journalière doit se concentrer sur des domaines clés de fonctionnement pour les enfants. Cela va inclure les relations avec les pairs, la productivité scolaire, le respect des règles dans la classe et à l’extérieur de la classe. L‘accent sera mis sur les domaines de dépréciation parce que dans le long terme, l’amélioration de ces points vont déterminer si oui ou non cet enfant fonctionne bien à l’école. Quand on pense aux comportements à cibler, parfois les enseignants peuvent avoir un inventaire à la Prévert de choses qu’ils veulent travailler…. mais Rome n’a pas été construite en un jour. Il est important de cibler trois à cinq comportements clés que l’enseignant aimerait voir s’améliorer. Comme l’enfant progresse et fait mieux, la carte quotidienne pourra évoluer, on pourra enlever certains objectifs et ajouter de nouveaux buts. Mais il faut  vraiment faire en sorte que l’enfant puisse se concentrer sur un certain nombre de choses et bien les faire avant de passer aux suivantes plutôt que les surcharger avec de trop nombreuses demandes.

Chaque comportement cible doit être défini sur le plan opérationnel. Est listé soigneusement et exactement ce que le comportement implique. Ce ne doit pas être quelque chose de vague comme « suivre les règles de l’école » parce qu’il y a beaucoup de règles à l’école, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la salle de classe. Il est nécessaire de bien définir la cible des règles de l’école que l’enfant doit pouvoir améliorer. Par exemple : « l’enfant n’a pas besoin de plus de deux rappels pour rester dans la ligne de l’objectif ». C’est spécifique. L’enfant et l’enseignant savent exactement ce qu’on attend de ce comportement cible. Les comportements cible ont besoin d’avoir un critère inclus. Si l’on dit juste « remplir tel objectif » l’enfant peut estimer l’avoir fait et l’enseignant peut estimer qu’il ne l’a pas fait, mais s’il est indiqué « remplir tel objectif avec pas plus de deux rappels », de cette façon, l’enfant peut garder trace de combien de rappels il a reçu et l‘enseignant de combien de rappels il a fourni. Et quand vient le moment de faire le point si oui ou non l’enfant à droit à un smiley souriant pour objectif atteint (ou laisser un vide s’il n’a pas répondu à l’objectif, ou OUI/NON pour les plus âgés) l‘enfant et l’enseignant savent que le but est atteint ou non, parce qu’il y a un critère objectif auquel se référer. Aucun sentiment d’injustice ne peut s’immiscer et démotiver l’élève qui aura fait des efforts, parce qu’il sait exactement que pour cet objectif précis, la règle, c’est deux rappels maximum.

Pour définir le critère, on
pense à une amélioration de 20%. Par exemple, si l’enfant sort des clous en moyenne cinq fois par jour, le critère d’atteinte de l’objectif pourrait être « pas plus de quatre rappels » et au fil du temps, on réduit le critère pour devenir plus restrictif en passant à trois, jusque descendre à un, puis finalement on peut dire qu’il n’y a plus besoin de rappels, et définir un nouvel objectif. Pour favoriser l’amélioration du comportement, l’objectif doit être atteignable, d’où cette demande de 20% d’amélioration plutôt que d’exiger la perfection du jour au lendemain, rarement acquise, et donc démotivante pour l’enfant qui ne voit pas le bénéfice de ses efforts.

En fonction de l’âge et des comportements cibles, la carte peut contenir des zones qui se concentrent sur la totalité de la journée  comme des comportements ciblés en dehors de la salle de classe, tels que les problèmes de discipline à la cantine ou aux récréations et inter-cours. Ainsi, tous les adultes sont impliqués dans le remplissage de la carte.

Le rapport quotidien identifie donc clairement quels sont les objectifs pour l’enfant chaque jour. Il y a des critères spécifiques en place qui permettent à l’adulte et à l’élève de savoir si oui ou non l’objectif a été atteint, et la feuille de route va permettre aux parents et à l’enfant de savoir si oui ou non les privilèges ont été gagnés à la fin de chaque journée à la maison.

Les conséquences du DRC

Les conséquences, ce sont des récompenses et des privilèges. Le Daily Report Card n’est pas un système de punition mais un système basé sur la récompense. Les enfants savent au début de la journée qu’ils ne disposent pas des récompenses, ils doivent faire leur chemin vers l’obtention des récompenses, basée sur la satisfaction des objectifs du DRC. Les enfants ont un choix à faire. Ils peuvent travailler dur et atteindre les objectifs qui sont fixés pour eux et, par conséquent, faire l’expérience de toutes sortes de choses positives après l’école. S’ils font de mauvais choix, ne suivent pas les règles ou ne font pas correctement leur travail, et bien ce jour ils ne vont pas avoir une aussi bonne situation après l’école comme ils auraient pu avoir s’ils avaient choisi un chemin différent. Travailler avec les parents, à la maison, dans la configuration des récompenses implique un certain nombre de points clés. L’un d’eux est qu’il doit y avoir une réelle échelle et hiérarchie des récompenses car toute cible représente quelque chose qui est difficile à faire pour cet enfant. Ainsi, même si un jour il n’y a qu’un seul objectif atteint sur la carte et pas les autres, il faut toujours récompenser cet objectif atteint, car cela représente des progrès graduels vers un meilleur comportement.

Les récompenses doivent être quotidiennes. Des enfants avec des problèmes de comportement qui perdraient leurs privilèges pendant des semaines, parfois des mois, cela poserait alors deux problèmes. Le premier est qu’il est très difficile pour les parents de maintenir des conséquences pendant un temps indéterminé et l’enfant finirait par avoir quand même accès à ces récompenses ou privilèges malgré un objectif non atteint, ce qui lui enverrait le message que malgré qu’il n’atteigne pas l’objectif, il obtient les récompenses, pourquoi alors continuer les efforts ? L’autre problème est que, en enlevant des privilèges pendant des semaines ou des mois, les parents perdent alors toutes leurs munitions à aider et encourager un comportement approprié, toute la motivation et la persévération d’un enfant est alors disparue : « Pourquoi prendre la peine d’essayer puisque c’est si dur ? Si je ne peux pas avoir une de ces choses amusantes, autant ne pas faire tout ce travail et ne pas suivre ces règles ». En définissant la liste de récompenses chaque jour, un parent peut maximiser les chances de l’enfant à être motivé pour bien faire. Chaque jour, l’enfant est mis à contribution pour répondre à des objectifs afin d’obtenir ces récompenses. Parfois, s’il est difficile d’amener les parents à récompenser systématiquement la carte quotidienne -parce qu’ils ont des horaires de travail qui constituent un défi organisationnel ou de gestion du temps par exemple- des récompenses scolaires peuvent prendre la place des récompenses à la maison, mais dans presque tous les cas, les récompenses à la maison, comme du temps d’écran, l’attention des parents, l’accès à certains jouets ou activités, sont presque toujours plus puissant que ceux qui peuvent être fournis à l’école.

Quel type de conséquence ? Les récompenses doivent être naturelle. Donc, les parents doivent commencer par enlever les choses auxquelles l’enfant à un droit systématique : télévision, ordinateur, téléphone, vélo, heure de coucher plus tardive…. Ce sont dorénavant des choses considérées comme des privilèges. Ils peuvent dire « si tu veux obtenir du temps d’écran, si tu veux rester passé 20h30, si tu veux avoir du chocolat avec le dessert… » quoi que ce soit « tu dois obtenir un certain nombre de « oui » sur ton bulletin quotidien pour être en mesure de gagner ces choses ou 15mn, 30mn ou 1 heure de ces choses ».
Dans une hiérarchie de récompense, il y a des récompenses plus ou moins désirables, si l’enfant n’a qu’un oui, il choisira celle qui le motive le plus, avec une poignée de oui, il en choisira plusieurs, si c’est une journée exceptionne
1-heart-741502_640lle où il atteint tous ou presque tous les objectifs il obtient le meilleur niveau des récompenses ou la plus grande longueur de temps sur l’une des récompenses.
Il est important d’avoir un menu des récompenses parce que les enfants peuvent s’ennuyer ou être fatigué de certaines récompenses au fil du temps. Ainsi, par exemple, un enfant peut vraiment aimer un jeu vidéo, mais si c’est la seule récompense offerte, l‘enfant quand il a finalement battu le jeu vidéo ne va plus trouver ça aussi plus amusant, et cela va entraîner une détérioration du comportement jusqu’à ce d’autres récompenses plus intéressantes pour l’enfant le motivent à nouveau. Il est primordial que les récompenses soient celles pour lesquelles l’enfant est motivé à travailler.

Expliquer le DRC à l’élève

Une fois la carte quotidienne construite et le menu de récompense établi, les parents et l’enseignant doivent expliquer le DRC à l’enfant. Comment atteindre les objectifs,  comment le processus va fonctionner, comment se fait la rétroaction tout au long de la journée. Les parent contrôlent avec l’enfant le menu de récompense et s’assurent que ce qui est sur cette liste sont des choses qui motivent vraiment l’enfant à travailler.
Les parents et les enseignants peuvent même jouer un rôle pour montrer comment s’organise quotidiennement le remplissage du DRC si l’enfant n’est pas très chaud. Quoi qu’il en soit, la mise au point de toutes ces discussions doit être positive : »Tu peux le faire! » « Nous savons que tu peux atteindre ces objectifs ». « Regarde toutes les choses que tu peux avoir à la maison en réussissant  tes efforts à l’école et en ramenant à la maison tous les jours une carte de rapport positive » « regarde toutes ces belles choses que tu peux faire ». Cette orientation positive va aider et être le moteur de l’enfant de sorte que quand il arrive en classe, il est motivé à essayer d’atteindre les objectifs, une bonne journée à l’école, parce qu’il y a une bonne récompense pour lui à la fin de la journée. Cela va être différent du type d’expérience qu’ils ont pu avoir par le passé, souvent une expérience d’échec scolaire, qui conduit aussi à l’échec à la maison, quand ils ont dû interagir avec leurs parents au sujet de la mauvaise journée qu’ils avaient passé.

Suivi du bilan quotidien

Le bilan quotidien est une intervention au long-cours, probablement pendant toute l’année scolaire pour la plupart des enfants atteints de TDAH. Les parents et les enseignants surveillent les progrès fréquemment. Si l’enfant obtient 100% de ses objectifs, l’enseignant peut décider d’ajouter d’autres objectifs ou rendre le critère un peu plus difficile. Si à l’inverse moins de 75% des objectifs sont atteints, cela suggère que peut-être les objectifs fixés sont trop difficiles pour l’enfant. Le « sweet-spot » est lorsque l’enfant atteint environ 75 à 80% des objectifs quotidiens. Trop signifie que le DRC est trop facile, moins signifie qu’il pourrait être trop difficile.
Un autre avantage du rapport quotidien, lorsqu’il est enregistré ou classé par l’enseignant et/ou les parents, est qu’il peut être utilisé au fil du temps comme un outil de surveillance des progrès, on peut voir comment l’enfant se réalise au cours de l’année scolaire, avoir un meilleur recul, et en cas de soucis, mieux comprendre comment revoir le programme pour le faire fonctionner à nouveau.

Vous trouverez sur ce lien un document pour concevoir une Carte de Rapport Quotidien, avec des explications, des modèles de cartes, des exemples d’objectifs et de critères, des exemples de récompenses. Il est en anglais…. et sur ma liste de documents à traduire (mais les journées n’ont que 24h à mon grand désespoir…) Sur cet autre lien, vous trouverez un générateur de DRC… en anglais également… si des programmateurs veulent bien se coller à une version francophone, ce serait juste parfait ! Si vous connaissez des générateurs en français, n’hésitez pas à commenter pour donner les liens !  Ce générateur permet de choisir les objectifs et les critères en fonction de l’âge et des capacités de chaque enfant.

Le DRC peut évidemment également être adapté pour élaborer un tableau de renforcement positif à la maison.

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