hot, cool, agitation, et théorie de l’esprit

Le TDAH a fait l’objet de nombreuses descriptions depuis longtemps. Du Minimal Brain Disorder, en passant par l’instabilité psychomotrice et l’hyperkinésie, pour aujourd’hui évoquer le TDAH. Les causalités, les références théoriques et la lecture clinique ont différé, et pendant longtemps, les troubles moteurs ont été mis en avant. Pendant longtemps également (et même encore maintenant malheureusement) la conception purement française a été une approche instrumentale freudienne de l’organisation structurelle du psychisme.

Dans ces différentes terminologies, de l’enfant instable et le minimal brain disorder, l’importance de trouble de l’attention et des fonctions exécutives prédomine maintenant avec le TDAH. Les difficultés de diagnostic sont la fréquence des manifestations des symptômes isolés en population générale, la spécificité des signes, l’approche psychologique ou l’approche médicale, l’existence du syndrome ou un mécanisme de défense.

Il est important de prendre le temps du diagnostic pour analyser la forme et prendre les bonnes mesures de soin. Souvent, plus on affine le diagnostic, plus on schématise et moins le diagnostic est bon (validity vs inter-raters reliability ; fiabilité vs objectivité) tant les formes que peuvent prendre le TDAH sont nombreuses. Ainsi, des troubles dys associés peuvent être diagnostiqués alors qu’ils ne sont que le retentissement du trouble et s’amélioreront avec la mise en place d’un traitement médicamenteux. Lorsque le trouble dys est avéré, les rééducations en psychomotricité ou en orthophonie sont nécessaires alors que si ce n’est que l’effet du TDAH, ils seront souvent sans effet notoire en l’absence de médication, d’où l’importance d’une prise en charge plurielle et du bon diagnostic clinique. L’analyse clinique affiné doit donc prévaloir sur des batteries de tests successifs qui peuvent détourner du TDAH. Le Pr M.C. Mouren l’explique parfaitement ici.

La variabilité clinique du TDAH, selon le contexte, l’âge, le sexe, les comorbidités… dans ces symptômes de bases (troubles attentionnels, hyperactivité motrice, impulsivité) marque l’importance d’une évaluation fonctionnelle. Il ne faut pas omettre le sous-diagnostic chez les filles, une petite fille qui rêve au fond de la classe ne dérange personne, elle passe souvent au travers d’une évaluation diagnostique.

Le TDAH est une pathologie de l’action qui présente trois niveaux de perturbation. On parle aussi de la composante « à froid » (cool component) des fonctions exécutives qui implique strictement les compétences cognitives et la composante « à chaud » (hot component) qui reflète la capacité à réguler les émotions.
– Les troubles attentionnels « Cool » , avec un dysfonctionnement des fonctions exécutives et des difficultés de motivation.
– L’impulsivité, l’intolérance au délai (delay aversion), le défaut de renforcement qui sont les « hot component »
– l’agitation motrice, hyperactivité et les troubles moteurs

Les difficultés de renforcement différé nécessite des stratégies de renforcement éducatif, avec un besoin de retour immédiat. C’est ce trouble du circuit de récompense qui est en lien avec les risques d’addiction, mais également la dépression, facteurs de complications.

On évoque également la « Theory of Mind and ADHD » (théorie de l’esprit) qui est une difficulté de traitement de l’information sociale et émotionnelle. Sur la traduction de la pensée de l’autre, les enfants avec TDAH échouent de la même façon que les enfants autistes, il s’agit d’un trouble de l’interaction des informations sociales. Un travail sur la capacité à reconnaître ce trouble spécifique, par une stratégie de remédiation cognitive ou de métacognition est nécessaire.

Etude : Contributions exécutives et attentionnelles à la théorie du déficit mental déficitaire de l’attention / hyperactivité (TDAH). Enfant Neuropsychol. 2016; 22 (3): 345-65. doi: 10.1080 / 09297049.2015.1012491. Epub 2015 12 mars. Mary A 1, 2, Slama H 1, 3, 2, 4, Mousty P 5, 2, Massat I 1, 2, 6, 7, CAPIAU T 5, 2, Drabs V 5, 2, Peigneux P 1, 2.

  • 1 une unité de recherche neuroimagerie fonctionnelle, Centre de Recherche en Cognition et Neurosciences neuropsychologie et, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique.
  • 2 D ULB Institut des neurosciences, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique.
  • 3 c Unité Neurosciences Cognitives de recherche, Centre de recherche en Cognition et Neurosciences, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique.
  • 4 e ministère de la clinique et neuropsychologie cognitive, Hôpital Erasme, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique.
  • 5 b Cognition Laboratory Language Development, Centre de Recherche en Cognition et Neurosciences, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique.
  • Laboratoire 6 f of Experimental Neurology, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique.
  • 7 g Département de neurologie, Hôpital Erasme, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique.

Extrait : Le Déficit de l’attention / hyperactivité (TDAH) chez les enfants a été associée aux troubles attentionnels et exécutifs, mais aussi à des difficultés socioémotionnels éventuellement associées à des déficits en théorie de l’esprit (ToM). Les problèmes socioaffectif dans le TDAH sont associés à des pronostics négatifs, problèmes d’éducation notamment interpersonnelles, et un risque accru de développer d’autres troubles psychiatriques qui mettent l’accent sur la nécessité de clarifier la nature de leurs déficits ToM. Dans cette étude, nous avons émis l’hypothèse que le dysfonctionnement ToM chez les enfants atteints de TDAH est en grande partie attribuable à leur déficits exécutifs et/ou attentionnels. 31 enfants atteints de TDAH (8-12 ans, QI> 85) et 31 enfants en développement typique (TD) ont été évalués à l’aide de tests des fonctions exécutives (inhibition, de la planification, et la flexibilité) et des tâches attentionnelles, ainsi que deux tâches de ToM avancées (Reading the mind in the eyes et les Faux Pas) impliquant différents niveaux de contrôle de l’exécutif. Les enfants atteints de TDAH ont plus de mal que les enfants TD en fonction attentionnelle, en fonction exécutive, et dans les tâches ToM. La régression linéaire des analyses menées dans le groupe de TDAH ont indiqué que les scores d’inhibition prédisent la performance sur la tâche « Faux Pas », alors que les scores d’attention permettent de prédire la performance sur Reading the Mind in the eyes. Lorsque les variables d’inhibition et attentionnelles sont dans la norme, les performances ToM chez les enfants atteints de TDAH sont similaires aux enfants TD. Le contrôle des scores ToM n’a pas normaliser les performances pour les tâches d’inhibition et attentionnelles chez les enfants atteints de TDAH. Cette relation unidirectionnelle suggère que les déficits dans les domaines EF et attentionnels sont responsables des déficits ToM dans le TDAH, qui peuvent donc contribuer à leurs difficultés socioaffectif. [PubMed – répertorié pour MEDLINE]

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5 réflexions sur “hot, cool, agitation, et théorie de l’esprit

  1. Merci pour cette mise au point sur le méthylphénidate. Si tu as des informations sur les effets du méthylphénidate pris au long cours chez les adultes et personnes âgées, je suis preneuse. Car c’est sur ce point qu’on a refusé l’an dernier de m’en re-prescrire (cause invoquée : manque de recul temporel et soupçons de détérioration des fonctions cognitives chez les personnes âgées après plusieurs années de traitement) et j’aimerais savoir si ces détériorations sont avérées ou s’il ne s’agit que d’une rumeur.

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