TDAH : De l’importance de la reconnaissance du trouble

Parmi les enfants et adolescents atteints par le TDAH, beaucoup vont connaître une trajectoire tragique et évoluer vers la toxicomanie et la délinquance avec des troubles antisociales, des troubles oppositionnels, des troubles de conduite extrêmement sévère, d’où la nécessité de s’intéresser au diagnostic et à la prise en charge de ce trouble.

Tous ces enfants et adolescents -des adultes aussi puisque 60% des enfants continuent de présenter les symptômes tout au long de la vie- ont en commun un syndrome, le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, le TDAH, et doivent pouvoir bénéficier d’une prise en charge plurielle, et pas uniquement psychiatrique et médicamenteuse.

La France a pris trop de retard sur le diagnostic et la prise en charge de ce trouble. L’hostilité psychanalytique à sa reconnaissance y est pour beaucoup, on compte aujourd’hui 30 ans de bataille, et il y a trop de décalage dans l’enjeu diagnostique en France avec nos voisins. L’adaptation de l’environnement des enfants avec TDAH est pourtant nécessaire pour éviter le décrochage scolaire et la désocialisation. Nous sommes pourtant encore aujourd’hui en France à débattre de l’existence même du trouble, à lire des histoires de théories d’un syndrôme comportemental qui serait conséquence de facteurs psychosociaux et non un trouble bio-neurodéveloppemental, malgré toutes les preuves scientifiques accumulées par les études et les avancées neuroscientifiques impliquant différentes zones du cerveau et le fonctionnement des neurotransmetteurs.  

Le traitement médicamenteux par méthylphénidate (MPH) est l’objet de toutes les croyances, notamment des pédopsychiatres, alors même que la molécule et le traitement par MPH fait déjà l’objet de plus de 3000 publications à court et long terme. Le méthylphénidate est la molécule la plus connue, depuis 1900, et pourtant la moins prescrite en France. Le MPH est régulièrement comparé à la cocaïne par ses détracteurs … remettons les pendules à l’heure… Le méthylphénidate contrairement à la cocaïne ne provoque aucune accoutumance. Par ailleurs, le mph ne peut pas être détourné à des fins récréatives, il n’a aucune action autre que psychostimulante. Il est plus facile aujourd’hui en France de trouver de la cocaïne, y compris dans les couloirs des collèges ou les rues des villages de campagne, que du méthylphénidate. Le mph, malgré qu’il soit tombé dans le domaine public, reste un traitement très onéreux, bien plus cher que la très grande majorité des drogues les plus toxiques qui circulent aujourd’hui, même si quelques idiots voulaient tester un shoot au méthylphénidate il faudrait y mettre le prix fort pour un effet zéro…. aucun risque de voir se développer un trafic de méthylphénidate. Le trafic qui existe aux USA n’est pas lié au méthylphénidate mais à d’autres molécules autorisées là-bas pour le traitement du TDAH. Le détournement de mph aux Etats-Unis est uniquement lié à des étudiants qui souhaitent rester en état d’étudier après des week-end trop « festifs » pour contrecarrer les effets délétères de drogues et d’alcool…. Des effets psychotiques du méthylphénidate n’ont pu être observé que par absorption intraveineuse à des doses extrêmement forte qui n’ont rien à voir avec les doses de traitement du TDAH, qui plus est la présentation des cachets de mph pour le traitement du TDAH ne permet pas d’en faire ce type d’utilisation. Toutes les allégations allant contre l’utilisation du mph pour la prise en charge du trouble sont non seulement infondées mais aussi contraire à toutes les preuves scientifiques, elles contribuent malheureusement à effrayer les parents en recherche de solution pour aider leurs enfants, trop souvent colportées par les médecins même, pourtant consultés pour obtenir cette aide. De nombreuses études démontrent les effets bénéfiques à court et long terme sur le trouble et ses répercussions.

Les formes cliniques du TDAH sont d’une très grande diversité quant à l’âge de début du trouble (on peut poser le diagnostic lorsque les retentissements du troubles affectent clairement les trois sphères de la vie sociale, scolaire ou professionnelle, domicile) , les formes frontières, et les comorbidités. Le TDAH est très en lien avec les différents troubles dys, l’autisme et le haut potentiel intellectuel, ainsi, on retrouve régulièrement pour un même individu des diagnostics successifs ou concentriques de HP, de TDAH, de troubles dys, de TSA… le soutien familial est extrêmement nécessaire et le TDAH est pourtant facteur de souffrance familiale, empêchant souvent l’instauration du soutien nécessaire.
Les interventions thérapeutiques additives sont très variables selon les répercussions du trouble, de même que l’accessibilité aux stratégies de compensation. La formation professionnelle des thérapeutes est en chantier et l’accès aux soins est très relatif à cause de ce manque de formation des professionnels. Il y a encore beaucoup de questionnements et d’interrogations sur la façon dont le médicament interagit avec la remédiation cognitive, sur la stratégie de soin à adopter également, de nombreuses découvertes à faire également sur l’épidémiologie du trouble, mais la problématique générale en France reste l’absence de reconnaissance et de prise en charge. Le trouble est encore perçu comme un phénomène de mode, culturel ; davantage qu’un diagnostic tardif on assiste à un refus de diagnostic ; on parle de trouble psychologique plutôt que d’un trouble neurodéveloppemental.

Heinrich Hoffmann est né en 1809 en Allemagne. Après des études scientifiques, il devient médecin et écrit des ouvrages de psychiatrie. Mais il est surtout connu pour son livre Der Struwwelpeter (Crasse-tignasse), écrit en 1845 qui compte notamment les chapitres « Philippe-qui-gigote », « Andréa la petite fille tête en l’air », « des enfants bien sages ». Le trouble serait une mode actuelle ?

Le TDAH constitue un handicap dans la vie familiale et sociale. L’étiquette contribue au parcours délétère des enfants qui sont souvent maltraités. Il y a une maltraitance permanente sur les enfants avec TDAH qui contribue au décrochage et à l’aggravation des troubles des enfants.

Les parents ont une véritable expertise que n’auront jamais les médecins. Cette expertise parentale est un véritable enjeu, elle pousse les médecins à la formation et à la prise en charge. Il est nécessaire d’intégrer les parents comme partenaires dans les soins et non comme responsables du trouble. Il en est de même dans le milieu enseignant.

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2 réflexions sur “TDAH : De l’importance de la reconnaissance du trouble

  1. Je suis du Québec et participe à de nombreuses pages Facebook reliées au TDA/H. Nous y discutons parfois avec des Français qui disent se sentir soulagée d’obtenir de l’information sur la médication et des méthodes éducatives adaptées à nos enfants. Quand je vois à quel point ce trouble est stigmatisé en France, je me console. Car ici aussi parfois on doit subir le jugement des autres « bien-pensants », par contre, rare sont les professionnels qui nient encore l’existence de ce trouble, et les écoles sont souvent bien renseignées. Bravo pour votre travail de sensibilisation, nos enfants ont assez de difficultés sans en plus leur ajouter le mépris d’adulte qui jugent sans savoir.

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    1. Merci de ce message d’Outre-Atlantique qui fait chaud au coeur. Pourvu que nos loulous trouvent rapidement en France le soutient que vous savez leur apporter au Québec, et tant-pis pour ceux qui jugent sans connaître… “Rien ne nous trompe autant que notre jugement.” disait Léonard de Vinci.

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