Etre femme et mère avec un TDAH

J’ai déjà pu souligner à quel point le TDAH a mauvaise presse en France… ça n’est pas le cas partout, et on peut encore une fois vérifier à quel point la différence de traitement est flagrante entre nos magazines et les revues étrangère avec ce nouvel article du Cosmopolitan…. « C’est difficile d’être une mère, être un mère avec un TDAH semble impossible » également sous-titré : « je sais que je suis une bonne maman, mais quand vient la liste sans fin des responsabilités parentales, je me sens en dessous de tout ». L’autrice est Emily McCombs, elle écrit à la première personne cet article autobiographique… Retour sur le TDAH adulte au féminin, déjà souvent évoqué dans ma rubrique TDAH au féminin.

Résultat de recherche d'images pour "mère enfant"Being a Mom Is Hard. Being a Mom With ADHD Feels Impossible.
I know I’m a good mom, but when it comes to the never-ending checklist of parental responsibilities, I’m constantly falling short…
Lire tout l’article : Being a Mom Is Hard. Being a Mom With ADHD Feels Impossible.

Je trouve cet article extrêmement pertinent, il décrit parfaitement les difficultés du TDAH chez les femmes, les exemples et les anecdotes sur les répercussions du trouble font mouche. A quand de si bons articles dans les mass-medias français ?

Pour les non-anglophones (parce que Google traduction est très utile, mais peu lisible !) :

Emily Mc combs rédige cet article dans son salon jonché des jouets de ses enfants, qu’elle n’a pas pris le temps de ranger avant de les coucher vu l’heure avancée et la course frénétique de la soirée « est-ce qu’on s’est bien lavé les dents ? » Oui, elle est une bonne mère, elle aime son fils, il le sait, mais elle ne se sent pas à la hauteur des responsabilités parentales, à cause des troubles d’attention liés à son TDAH…

Elle en rappelle les symptômes :  « difficulté à prêter attention aux détails », « fait des erreurs d’ inattention » « souvent incapables de donner suite à des tâches », « perd souvent les choses nécessaires à l’ exécution des tâches », « oublieux dans les activités quotidiennes »… et rappelle que si tout le monde a ces symptômes de temps en temps, ils sont constants et affectent la qualité de vie, les relations, et la capacité à réussir de ceux qui sont touchés par le trouble.


E. Mc Combs évoque parfois ressentir comme un long monologue intérieur de panique et de honte : « Est – ce que je lui ai donné son médicament contre les allergies ?
un écran solaire ? sa bouteille d’eau dans son sac? son sac ? Ai-je appeler le médecin pour déplacer la consultation que j’avais accidentellement programmé pour le mauvais jour? Où ai-je mis sa carte d’assurance? L’école démarre quel jour ? Être une maman c’est difficile, mais être une maman avec le TDAH – désorganisée, distraite, impulsive- par la nature même de ma chimie du cerveau – me semble impossible.

Emily n’a été diagnostiqué qu’à 31ans. En raison de l’association du TDAH avec un trouble qui ne concernerait que les jeunes garçons, les femmes passent souvent à travers les mailles d’un diagnostic pendant l’ enfance, d’ autant qu’elles moins plus susceptibles de présenter le H de l’hyperactivité, contrairement aux garçons. Les filles et les femmes passent plus inaperçues, de sorte que leurs troubles ne sont pas remarqués et ne sont pas pris en charge. Davantage socialisée, plus aimables, elles cherchent davantage à masquer les symptômes, luttent souvent pendant des décennies et ne demandent et reçoivent de l’aide que lorsque les difficultés deviennent ingérables. Pour Emily Mc Combs, pendant longtemps, un QI élevé et son goût de l’effort lui a permis de rester très performante à l’école, puis au travail. Mais en dehors du travail, elle luttait pour fonctionner, quelque soit l’effort  de concentration : oubli de rappels téléphoniques, des courses, du paiement des factures, de lieu ou de date de rendez-vous, etc… autant de « détails » basiques qui lui échappaient ou dont elle se laissait distraire par autre chose en court de route. Sans parler des tâches domestiques comme la cuisine et le nettoyage, la perte continuelle de documents importants… faire des erreurs dans des travaux basiques était à ce point ancré qu’elle a intériorisé l’idée qu’elle ne pouvait rien faire de bien. D’autres pensaient qu’elle était négligente, elle ne savait comment les convaincre de ses efforts compte tenu de son manque de résultats.

Le TDAH lui est apparu comme une cause possible de ses difficultés lorsqu’elle est devenue mère : ses luttes avec les tâches domestiques et l’oubli est monté en flèche dans les mois de stress et d’insomnie apparus après être devenu parent. Les enfants viennent avec toute une série de responsabilités supplémentaires, et ses systèmes et solutions de contournement ont commencé à montrer des faiblesses, puis se sont effondrés sous la pression de la parentalité. Elle a même pensé avoir une tumeur au cerveau : oubli de rendez-vous médicaux au point d’avoir tellement honte qu’elle a changé de médecin, porte du congélateur laissée ouverte, charger la vaisselle sale avant de décharger la propre du lave-vaisselle en premier… Sa relation avec le père de son fils a souffert et s’est finalement terminée… En état d’anxiété permanente, elle redoutait d’avoir à dire les mots «J’ai oublié» pour la millionième fois. Elle savait qu’elle n’était pas délibérément irresponsable ou paresseuse mais faisait comme elle pouvait, mais elle ne supportait plus.
Dorénavant, au lieu de simplement se sentir comme une mauvaise personne, elle se sentait comme une mauvaise mère…

C’est un précurseur commun au diagnostic pour les femmes adultes souffrant de TDAH : les médecins spécialistes du TDAH chez les femmes soulignent que le diagnostic tombe après s’être mariée ou avoir des enfants, quand le stress de la responsabilité accrue exacerbe les symptômes jusqu’au point de rupture, ce qui amène à la recherche d’une aide professionnelle. Kathleen Nadeau, Ph.D., co-auteur de « Understanding Girls with AD/HD, » dit qu’elle voit de nombreux cas dans lesquels les femmes viennent à soupçonner qu’elles ont un TDAH après avoir lutté pendant des années pour équilibrer les responsabilités d’un emploi, d’une maison, et l’éducation d’un enfant.
Les mamans sont déjà confrontés à des attentes irréalistes. La maman idéale est un organiseur-planificateur.  Elle sait quand toutes les pratiques de soccer et les rendez-vous chez le médecin sont prévus, l’emplacement de chaque signature sur les autorisations et assurance scolaire…. Les mamans sont censées fournir la structure et l’organisation pour eux-mêmes à leurs enfants, et souvent à leurs partenaires. Une enquête 2015 réalisée par the Working Mother Research Institute démontre que même les mères qui travaillent à temps plein sont encore beaucoup plus susceptibles que les hommes de gérer l’essentiel des tâches ménagères comme la lessive, la cuisine, et la plupart des services de garde. Les mères doivent tout maîtriser – le ménage, l’éducation des enfants, de planification financière, l’organisation, la mémoire et la gestion des tâches et des rendez-vous – et ce sont les difficultés premières avec un TDAH. « Quand on oublie un achat pour le dîner, ou qu’on laisse le linge humide dans la machine à laver pendant deux jours, on ne ressent pas seulement un échec, mais d’avoir failli à nos enfants. »

Pour Emily, quand le diagnostic de TDAH est finalement tombé, il a été un énorme soulagement : « je ne suis pas paresseuse, stupide, ou fuckup. Après m’être sentie intrinsèquement défectueuse la plupart de ma vie, je me suis aperçu que, si je pouvais faire des erreurs parfois, je ne suis pas une mauvaise personne. Mais j’ai encore du mal à accepter la façon dont mon TDAH affecte mon rôle parental ».

Lorsque les femmes souffrant de TDAH sont diagnostiquées, elles ont souvent lutté pendant des années pour gérer des tâches apparemment simples que la plupart des gens – et la plupart des mamans – semblent maîtriser, et de se réprimander. Il n’est donc pas surprenant que les femmes souffrant de TDAH sont plus susceptibles d’avoir des problèmes de santé mentale que les femmes neurotypiques. Les mamans avec TDAH souffrent souvent de faible estime de soi, dépression, anxiété, stress chronique. En fait, selon Moms with ADD: A Self-Help Manual de Christine Adamec, 70% des mères souffrant de TDAH ont un trouble de l’humeur ou un trouble de l’ anxiété, comparativement à seulement 23% des mères non-TDAH.

Aujourd’hui, Emily Mc Combs est médicamentée, et utilise des stratégies organisationnelles pour l’aider à gérer ses symptômes, mais ce n’est pas un remède. Et le stress, facteur constant de la vie d’une mère, aggrave considérablement les symptômes. « Quand je mets une paire de lunettes de mon fils dans un «lieu sûr», je ne les retrouve jamais… ou de passer 20 minutes à la recherche de mes clés parce qu’elles sont suspendues sur un interrupteur au lieu du crochet clé, il m’est difficile de ne pas m’accuser, même en sachant mon diagnostic, mais j’essaie de me rappeler que le TDAH a aussi ses dons.« 
Les femmes souffrant de TDAH sont souvent extrêmement créative et vivent dans le moment, ce qui peut signifier pour leurs enfants un niveau de plaisir et de jeu…
Elles sont flexibles et spontanées – le genre de mamans qui servent des crêpes pour le dîner ou prévoient un camp-out dans le salon. Elles sont compatissantes « Nous savons ce qu’il en est de fonctionner un peu différemment ou d’être critiqué pour nos faiblesses ». Quant à ce dernier trait, je suis fière de dire que je l’ai transmis à mon fils : iIl y a quelques semaines, un jour où j’ai dormi trop longtemps et nous est mis en retard, nous avons eu la conversation suivante: «Je suis tellement désolé, j’ai dormi trop longtemps » je dit à mon fils. Il a répondu « Mais la plupart du temps, ce n’est pas le cas, donc pas d’inquiétude« .  Follow Emily on Twitter.

 

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2 réflexions sur “Etre femme et mère avec un TDAH

    1. Avoir un enfant est une décision importante au sein d’un couple. L’essentiel est de l’accompagner vers l’autonomie et l’âge adulte, avec ou sans TDAH 🙂
      Le trouble est effectivement à forte prévalence génétique. D’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte pendant la grossesse : pollutions, stress, maladies pendant la grossesse, tabac, alcool, alimentation…. (et avant la conception pour la qualité des gamètes de l’homme) d’où l’intérêt d’avoir une bonne hygiène de vie, pour -peut-être- réduire les risques, mais on ne peut maitriser l’ensemble des risques environnementaux et génétiques.
      L’hygiène de vie est essentielle pour tout le monde, avec ou sans TDAH, mais d’autant plus importante pour la gestion du trouble lui-même, d’où l’intérêt d’un accompagnement thérapeutique, avec des spécialistes, pour apprendre à mieux gérer au quotidien et développer des stratégies de compensation.

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