TDAH et motricité

Avant même l’utilisation du terme TDAH aujourd’hui défini pour le Trouble de Déficit d’Attention avec ou sans Hyperactivité, l’instabilité psychomotrice des enfants concernés était repérée et étudiée. Le TDAH et la psychomotricité sera d’ailleurs un thème des prochains entretiens de Bichat à l’automne 2017 : Les Entretiens de Bichat – Psychomotricité – TDAH et Psychomotricité – 7 octobre 2017

Les troubles psychomoteurs reposent sur trois dimensions :

  • perceptivo-motrice : avec des difficultés d’exploration (visuelle, de perception, de proprioception, de discrimination tactile) qui affectent l’action (poursuites oculaires, habiletés locomotrices, contrôle) et la communication (verbal et non verbal, difficultés relationnelles, reconnaissance des émotions…)
  • des signes neurologiques doux, qui sont des atteintes diffuses parfois peu visibles, qui se caractérisent par des mouvements anormaux ou involontaires et des difficultés rythmiques et tempo-motrice.
  • des troubles affectifs, coexistants ou réactionnels, avec des manifestations émotionnelles.

2353450423Dans le TDAH, ces troubles entravent la motricité intentionnelle par un excès de motricité générale et un défaut d’inhibition dans la réponse motrice. Sont alors atteintes la motricité fine et manuelle, la stabilité posturale, une lenteur (ou une variabilité de la vitesse d’exécution), le contrôle visuel. Souvent, l’automatisation des gestes n’est pas faite.

Le traitement par méthylphénidate permet dans de nombreux cas de réduire les atteintes psychomotrices du TDAH : meilleur équilibre dynamique (mais pas statique), meilleure motricité fine, parfois -pas toujours- amélioration de l’écriture, meilleure synchronisation, moins de variabilité. Le traitement seul n’est pas suffisant, et une approche pluridisciplinaire est toujours nécessaire. Les rééducations orthophoniques et psychomotrices sont non seulement utiles pour les troubles d’apprentissage associés, mais permettent également la rééducation du trouble attentionnel en apprenant à l’enfant des stratégies adaptatives.

En plus des atteintes psychomotrices directement liées au TDAH, de nombreux patients sont également atteints de Trouble de Developpement de la Coordination (TDC B00HNTQ61Idans le DSM5, auparavant Troubles d’Acquisition de la Coordination : TAC)) et/ou de troubles praxiques.

Les TDC ont de nombreux signes communs au TDAH, notamment dans les fonctions d’explorations et d’actions, mais également au niveau des signes neurologiques doux et des troubles affectifs, d’où la difficulté de faire un diagnostic différentiel ou comorbide. L’association de ces deux troubles entraînent inévitablement une grande baisse du contrôle moteur avec une variabilité motrice importante, dont les répercussions sont importantes en terme d’accidentologie, d’intégration sociale, de troubles scolaires et d’estime de soi. Il est donc primordial de recherc2353451616her la présence d’un TDAH en cas de trouble de développement de la coordination pour prendre en compte les interactions pathologiques et pouvoir en atténuer les symptômes et la gêne occasionnée. La prise en charge permet l’amélioration des compétences et le développement de stratégie de résolution de problème : le bilan et la prise en charge en psychomotricité sont essentiels.

Cette prise en charge, à moduler de façon individuelle selon les difficultés propres à chaque patient, permettront de travailler sur le contrôle moteur, la conscience de soi, l’organisation, l’émotionnel, les habiletés sociales et la communication non verbale.

Un suivi en orthoptie neurovisuelle permettra simultanément d’améliorer la coordination oeil-main, l’organisation du balayage visuel et de stratégie du regard, les saccades oculaires…

A la maison, des jeux et des activités, sensorielles ou non, permettront de renforcer ces prises en charge et d’en maintenir les résultats. Voici quelques exemples de choses que l’on peut mettre en place chez soi :

  • Pour les enfants dont l’écriture est rendue difficile, parfois avec une dysgraphie associée à des troubles praxiques, la fabrication de lettres texturées pourra aider à automatiser le dessin de la lettre, réaliser des mots déguisés pourra permettre l’acquisition de leur orthographe. Les lettres rugueuses sont par exemple utilisées en pédagogie montessori.
  • On peut aussi jouer à tracer du bout du doigt dans le dos de l’enfant pendant que lui doit retranscrire à l’écrit et deviner les lettres ou les mots tracés, pour une autre intégration sensorielle que la seule intégration visuelle de la lettre ou du mot, on peut aussi réaliser des fresques sur de grandes nappes en rouleau…
    Pendant le bain, les enfants peuvent pulvériser de grandes lettres de mousse à raser sur les carreaux de la salle d’eau, ou écrire dans la mousse de la baignoire.
    On peut écrire des mots dans le bac à sable, ajouter du sable à la peinture à doigt, utiliser du sable cinétique
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  • L’argile, la pâte à sel, les activités de modelage sont d’autres supports merveilleusement polyvalents pour l’intégration sensori-motrice tout en construisant la force de la main et des doigts et en augmentant la motricité fine. La réalisation de scoubidou, de bracelet en élastiques ou brésiliens également… La construction de lettre en volume ou graver dans une plaque de matériau renforce aussi la forme des lettres dans l’esprit de l’enfant.
  • Utiliser des outils « pinçants » (pincettes, baguettes, pinces à glace….) aide à renforcer les doigts et à améliorer l’utilisation des outils, y compris du stylo / crayon. On peut par exemple s’amuser à attraper le plus de petits objets possibles (mini-gomme, grain de riz ou lentilles…) en un temps donné (une minute sur le timer, ça renforce aussi la perception du temps, ou encore, le temps de faire tourner un hand-spinner !),  jouer à des jeux de société et utiliser des outils de pincement pour déplacer les pions….
  • Faire des jeux de « cross-body » pour améliorer la coordination globale des activités manuelles : un bras maintient le papier, l‘autre fait le travail du crayon ; une main tient l’objet, l’autre les ciseaux…. Les exercices physiques de coordination du corps sont également utiles : marche croisée, toucher alternativement les orteils, sautiller, faire des jeux de corde à sauter….
  • Pour construire la force et la stabilité musculaire, pour un meilleur contrôle, de nombreux jeux et activités peuvent aider :
    marcher sur des planches, faire des flexions, faire une marche-brouette ou une marche de crabe, mettre des paniers de tir, des barres de singes, faire de l’escalade de corde, des roulades…. Il est important de réserver du temps pour ce type d’activité, dans une salle de gym, un terrain de jeux, ou même au jardin ou à la maison, en fonction de l’activité !
  • Pour les enfants qui ont du mal à organiser leurs pensées, on peut pratiquer la narration structurée. Au coucher, ou tout autre moment de calme réservé à l’enfant seul avec un parent, demandez-lui de vous parler de sa journée comme si c’était une histoire à raconter, en commençant par une introduction puis le matin, l’après-midi, puis conclure sur la façon dont s’est globalement passer la journée. On peut utiliser cette approche pour à peu près n’importe quelle expérience que l’enfant veut partager, ou même en inventant des histoires, évidemment sans insister pour ne pas le braquer, mais en l’amenant petit à petit à structurer son discours.
  • Pour les plus grands dont le passage à l’écrit est difficile alors qu’ils ont d’excellentes idées, l’utilisation d’un enregistreur (smartphone, dictaphone, enregistreur mp3…) pour enregistrer les pensées à l’oral aident ensuite à poser les mots à l’écrit en réécoutant l’enregistrement. L’enfant prend conscience qu’il a de bonnes idées et cela stimule aussi sa confiance.
  • Cacher des oeufs parlants ou autre jouet sonore et s’amuser à les retrouver en se guidant au son.

Pour aller plus loin, voir aussi :
– Rééducation du TDAH, approche psychomotrice, J Marquet-Doléac, R Soppelsa, JM –

– apprentissage de l’inhibition sur une population d’enfants avec Trouble de l’Attention/Hyperactivité  Albaret – Neuropsy news, 2005 – academia.edu

et deux vidéos intéressantes sur les jeux en psychomotricité : quoi faire, et pourquoi :

 

 

 

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